Blanchiement

Le nombre de déclarations de soupçons transmises à Tracfin en 2014 a augmenté de 32?%. Ses effectifs seront renforcés d’ici à la fin de l’année. «?Le monde de 2015 n’a plus rien à voir avec celui de la fin des années 1990?», insiste Jean-Baptiste Carpentier, qui dirige la cellule de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme Tracfin depuis 2008. De fait, le mouvement de fond postcrise en faveur de la transparence des flux financiers au niveau international se mesure dans les chiffres de Tracfin. Créée voilà vingt-cinq ans, l’entité, rattachée à Bercy, dont la mission est de recueillir et de traiter des signalements de fraude, a connu une activité particulièrement soutenue depuis 2008. «?Nous recevons trois fois plus d’informations qu’il y a sept ans, poursuit Jean-Baptiste Carpentier. Pourtant, ce n’est pas la fraude qui a triplé?! Le seuil de vigilance s’est très clairement renforcé en France.?» En 2014, «?année historique?», Tracfin a ainsi reçu près de 10.000 déclarations de soupçons supplémentaires par rapport à l’année précédente (+?32?%), portant leur total à 38.419. Des déclarations qui continuent d’émaner en très grande majorité des banques et établissements financiers. Tracfin reçoit ainsi quotidiennement 200 déclarations de soupçons, qui sont toutes examinées, «?entre 24 heures et une semaine?», après transmission. Depuis 2013, la cellule est en outre automatiquement informée de toutes les opérations de transfert d’espèces de plus de 1.000 euros (ou 2.000 euros par mois). Dans le cadre de la lutte contre le financement du terrorisme, ce sont tous les versements ou retraits en espèces de plus de 10.000 euros par mois qui lui seront également signalés à partir de janvier 2016. A partir de septembre, les paiements en espèces de plus de 1.000 euros seront interdits. L’entité recueille, analyse, enrichit et exploite ainsi cette masse d’informations, puis les transmet à la justice et, depuis 2009, à l’administration fiscale et sociale. «?De 15 à 20?% des déclarations reçues débouchent sur des investigations vraiment justifiées?», détaille Jean-Baptiste Carpentier. L’an passé, Tracfin a ainsi transmis près de 1.400 notes à la justice et à l’administration. Il s’agit en général de dossiers supérieurs à 100.000 euros. Sur les 464 dossiers transmis à la justice en 2014, 133 portaient sur des montants supérieurs à 1 million d’euros. «?Mais, en général, un dossier qui fait 100 chez nous fait 500 quand il aboutit?», résume Jean-Baptiste Carpentier. Quant aux 365 dossiers transmis au fisc, ils sont également très élevés, portant sur des montants totalisant 418 millions d’euros. Tracfin est l’une des rares entités de Bercy qui n’ont pas subi de réduction des effectifs ces dernières années. Au contraire, ils ont crû de 40?% en six ans. Et Manuel Valls a annoncé en début d’année qu’ils seraient portés d’un peu plus de 100 à 120 personnes d’ici à fin 2015.