Luang Namtha : un trek mémorable au Laos

Quelques kilomètres d’une route montagneuse où la brume tente encore de s’accrocher aux sommets et voici le premier ¨Sabadee¨ qui retentit. Là aussi, un bâtiment tout récent, solitaire et des douaniers qui une fois le visa délivré nous souhaitent bonne chance au Laos. Dire que cette frontière ouverte depuis deux ans aux étrangers ne l’est toujours pas pour le Routard…

Entre deux moments de semi conscience, j’admire un paysage de montagnes recouvert d’une épaisse jungle. La piste de terre traverse quelques villages dont les maisons toutes en bois témoignent de la pauvreté de la région. Le bus passe sur des ponts brinquebalants mais le plus souvent il traverse avec aplomb le lit même des rivières !

Apres quelques heures de route, nous arrivons à destination, un gros village le long de la rivière. Personne ne parle anglais ici hormis l’employé du Bureau du Tourisme dans sa cabane défraichie qui accepte de m’échanger mes Dongs à un taux criminel. Impression de bout du monde, de nature sauvage et omniprésente, bienvenue au Laos !

voyage luang Namtha

Les phares du pick-up Toyota laissent entrevoir une volée de nids de poule que notre chauffeur évite habilement. Ici et là, aux abords de la chaussée, des enfants chassent les grenouilles avec leur lampe de poche.

En compagnie d’un jeune couple de Canadiens et d’une Suissesse version française, je partage ce pick-up qui nous amène ainsi d’une traite sur la Zone Naturelle Protégée de Luang Nam Tha à l’extrême nord-ouest du pays.

Nous y arrivons à 23h après plus de quinze heures de transport. Au Laos, il y a dans toute gare routière une inscription vous souhaitant non pas “bon voyage” mais bonne chance ! Ce qui n’est pas une gageure vu l’état des routes et le relief du pays. Moi cela me fait sourire !

trek Luang Namtha

La faune locale

Le Laos, petit Etat ‘communiste’ de 6 millions d’habitants est un paradis pour les activités nature et notamment le trek à travers ses zones protégées et la découverte de ses nombreuses minorités ethniques. Je suis venu ici afin de faire un trek du style trois jours avec pas mal d’heures de marche et surtout logement chez l’habitant. D’où ma recherche active de partenaires pouralléger les frais. Ce n’est pas gagné. Illustration à la terrasse de cette gargote où je me suis réfugié le temps d’une averse.

– Salut ! Tu comptes faire un trek ? Car je cherche des coéquipiers !

Le grand blond frisé et large d’épaules attablé derrière moi décolle la tête de ses nouilles.

– Ha coool ! Oui mec ça me dit bien ! Tu as un plan c’est quoi ? Me répond-il enjoué. Rassuré je déballe le programme avec conviction.

– Heu cool mais tu veux vraiment loger chez l’habitant dans un village ?

– Oui bien sûr, c’est plus sympa !

– Bo cela me dit pas trop, il y a beaucoup de bruit, on va être réveillés tôt tu vois ?

–  ….non en fait

– Ben les coqs chantent très tôt, les cochons, c’est sale, tu dors par terre mal, beaucoup de bruit très tôt, c’est hyper fatigant me dit-il avec une moue.

– Ha….

– Je préfère un truc plus tranquille tu vois mec. Mais merci d’avoir proposé, c’est cooool conclut-il en ouvrant une seconde bière.

Je ne cherche pas à en savoir plus. Déjà une personne qui s’obstine à garder ses lunettes de soleil pour discuter alors que nous sommes sous un toit et qu’il pleut à torrents, et bien j’ai déjà un a priori.  Il fait peut-être partie de ces gens qui les gardent même en boîte.

J’ai remarqué que les Australiens empilent souvent des « cools » à longueur de phrase, les Américains eux c’est plutôt des « fucks ». Bon, je ne sais pas s’il est Australien mais il fait partie de ces travellers, jeunes, chemise ouverte, lunettes de soleil collées au visage, tatouages exhibés qui traverse l’Asie dans de grands éclats de rire, vidant des hectolitres de bière, fumant pétard et autre happy chose devant des soirées DVD à la Guest house.

Beaucoup d’Australiens mais aussi des Américains, (ceux qui ont pris conscience que le monde ne se limitait pas seulement aux USA, en général des Californiens ou des cultivés de la cote Est), des Israéliens et pas mal de voyageurs d’Europe du Nord. Je caricature mais à peine. Ils sont souvent accompagnés de jeunes blondes filiformes ou bâties comme des déménageuses et qui  dans les deux cas ont l’air aussi douces qu’un dolmen breton.

Ils se déplacent en groupe et leur sujet de conversation lorsqu’ils se rencontrent tourne souvent au débat sur les meilleurs endroits en Asie où faire la fête, fumer et consommer des champignons et autres substituts au réel. Ils donnent l’impression d’être tous interchangeables.

trek nord laos

Il est en fait difficile de trouver un trek sans dormir dans un lodge. Renseignement pris auprès des agences de Luang Namtha, cela se faisait avant mais il y a eu des problèmes entres touristes et familles. Des touristes se seraient plaints d’être réveillé tôt par les gens du village et de la maison !

Je suis scié par le culot de certains qui osent se plaindre alors qu’ils sont accueillis dans une famille. Les villageois se réveillent au plus tard à 6 heures pour préparer le déjeuner. J’imagine avec effroi mon Australien se lever de sa paillasse en colère….

village nord laos

village nord laos

Trois jours de trek à Luang Namtha

Luang Namtha est une petite ville qui semble toute endormie sur son plateau entouré de sommets. On est loin de l’ambiance de Sapa. L’approche du tourisme est aussi différente et sans doute mieux pensée. Ici à Luang Namtha, comme d’autres endroits au Laos, le tourisme durable est une notion réelle.

Ainsi les guides gardent bien souvent leur métier en ne conduisant des treks que quelques fois par mois. Ce qui permet une moindre dépendance au tourisme et de conserver ainsi les structures de la société rurale. L’argent est ensuite distribué entre la communauté villageoise, l’agence, le financement de projets etc…

Luang Namtha village

Ces trois jours furent mémorables. Pas facile sur le moment mais comme bien souvent c’est une fois passés les durs moments qu’on les apprécie. Des heures de marche dans une jungle épaisse et humide. Et peuplée de sangsues rampant sur le sol, s’accrochant à vos chaussures. Sur le sol un épais tapis de feuilles mortes. Nous sommes finalement six à crapahuter dans ces montagnes du nord du Laos.

Pour ce coup là, un guide est obligatoire. Nous traversons des cours d’eau et subissons quelques averses rudes mais courtes. Tout de suite après, un soleil éclatant est là pour vous sécher. De l’enfer vert décrit par les premiers explorateurs, je comprends mieux cette expression désormais !  

Les repas sont toujours à base de riz gluant que l’on trempe avec les doigts dans une délicieuse sauce de légumes. Du poulet et d’autres légumes servent d’accompagnement. Même chose au petit déjeuner ! Le repas de chacun est empaqueté dans des feuilles et nous dégustons cela sur une table végétale faite de feuilles de bananiers.

treking nord laos

Sur la crête d’une colline les restes d’un poste de DCA au dessus duquel passaient les B52 américains venant de Thaïlande lors de ce qu’on appelle ici la « guerre américaine ». Des cartouches usagées trainent encore dans le coin. Notre guide nous montre les selles d’un…tigre ! Il n’est peut-être pas très loin mais bizarrement personne n’a envie d’appeler avec moi Gros Minet.

randonnée nord laos

Ici et là, des arbres de 300 ou 400 ans  empêchent parfois toute pénétration de la lumière. Ce que je préfère ce sont les forêts de bambous que nous rencontrons parfois sur notre chemin. Leurs longues tiges fusent dans tout les sens, barrant parfois le sentier et obligeant à user de la machette.

randonnee Luang Namtha

Cela me fait penser à une forêt de bouquets de mikados lâchés au hasard. Nous passons la première nuit dans une maison du village dédiée aux étrangers.

Comme d’habitude les enfants nous font la fête. Je leur donne un coup de main afin de faire tomber des pommes haut perchées à l’aide d’une longue tige de bambou. Au bord de la rivière, les femmes font la lessive et se lavent revêtues d’un sarong afin de cacher leur corps.

Le repas est encore une fois délicieux. Repus, nous faisons tourner une bouteille de Lao-lao, le whisky laotien (moins cher que la bière !). Le village lui est complètement plongé dans le noir.

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Moins de sangsues le deuxième jour. Tant mieux, c’est pas très agréable de trouver le soir une de ces bêtes qui s’est glissé dans votre chaussette jusqu’à votre orteil ! Saskia galère avec son sac à dos qu’elle a acheté deux jours auparavant. Toutes les heures, une bretelle casse, cela devient compliqué….Mon imperméable est déjà en lambeaux après un jour d’utilisation….Et tout cela c’est made in China….

Nuit au village

Peu avant l’arrivée dans le village où nous allons passer la nuit, nous faisons une halte à une chute d’eau. C’est le chef du village qui nous accueille la deuxième nuit. Sa maison est aussi simple que celles des 80 autres familles de ce deuxième village. Le chef du village est choisi pour trois ans par les hommes et femmes du village. C’est souvent celui qui maitrise le mieux l’écrit et le parlé Lao.

Les pages des cahiers scolaires du cadet, avide d’apprendre l’anglais avec nous, tapissent les murs de la grande et unique pièce principale. Assis en tailleur autour du repas, notre guide faisant office d’interprète, nous répondons aux questions inévitables qu’ils posent à chacun de nous : âge, profession, état civil.

A 21h, les feux sont éteints et je tombe de sommeil sur ma natte, protégé par une indispensable moustiquaire. Des l’aube, les coqs rivalisent de leur chants donnant ainsi le signal d’un nouveau jour aux villageois. Nul besoin de réveil, la nature s’en charge.

village autour de Luang Namtha

La dernière journée sera la plus ardue. Nous ne sommes qu’à quelques cols de la Birmanie et de la Chine. Une averse a rendu le terrain extrêmement glissant, je pars valser dans le décor plusieurs fois. Enfin, nous arrivons à la rivièremarquant la fin de notre aventure. Mais voici un imprévu de taille : le bateau qui devait nous faire passer de l’autre cote git par le fond ! Et impossible de traverser à pied, le courant est clairement trop fort. Nous voila donc obligés de remonter la rive en nous ouvrant un chemin à coup de machettes à travers l’épaisse végétation.

La progression est difficile voire dangereuse, bref c’est nettement moins drôle là. Inutile de préciser que mon Australien de l’autre jour aurait depuis longtemps fait appel à Mondial Assistance ! La chance nous sourit : nous apercevons une barque en bambou sur l’autre rive.

Nos cris réveillent le batelier assoupi à l’ombre d’un arbre. Néanmoins, celui-ci refuse de traverser en raison du courant. Notre guide lui est décidé a traverser à la nage, nous l’aidons à confectionner une bouée de fortune à l’aide de nos bouteilles vides enroulées dans un imperméable.

Il n’aura pas à se mouiller en fin de compte, dans un sursaut de courage, le batelier tente et réussit à nous rejoindre. Nous allons ensuite traverser un par un.

L’embarcation n’est franchement pas rassurante. En plus d’être instable, l’eau s’infiltre entre les rondins de bambous, je stresse non pour moi mais pour mon matériel. C’est avec joie que je foule l’autre rive où nous attends un tuk-tuk marquant ainsi la fin du trek. Le Laos c’est l’aventure !

Indo3-799

Une très belle route de montagne nous emmène vers le sud. Sous le soleil, cols, vallées encaissées, rivières et jungle se succèdent. Puissance Nature que le Laos. Apres huit heures de bus, nous arrivons à Luang Prabang, l’ancienne cité royale aux 32 temples.

Comme vous l’avez deviné, j’ai adoré mon séjour à Luang Namtha, une des régions phares du Laos selon moi.