Quand les routiers sont au point mort

Quand les routiers déconnent et qu’ils se font pousser par les syndicats, cela donne une situation impossible dans laquelle personne ne gagnera quoi que ce soit. Neuf jours après s’être quittés fâchés, syndicats et patronat du transport routier se retrouvent jeudi matin pour renouer le dialogue, une première étape nécessaire avant la reprise éventuelle des négociations salariales. Depuis le 18 janvier, l’intersyndicale (CGT, FO, CFTC, CFE-CGC) multiplie les blocages et barrages filtrants pour peser sur le patronat. Elle a été rejointe mercredi pour une journée par la CFDT, le premier syndicat du secteur routier. Les retrouvailles auront lieu à 10 heures au siège de la Direccte d’Ile-de-France à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), aux portes de Paris. Ce sera l’occasion de “renouer le fil du dialogue et d’avoir des patrons en face de nous, on avait l’impression de les avoir perdus”, glisse Jérôme Vérité, le secrétaire général de la CGT Transport. Mais avant la reprise des discussions, le doute, voire le pessimisme, semble gagner les rangs de l’intersyndicale. “On est dans un état d’esprit de vouloir négocier. Maintenant, pour négocier il faut être deux”, relève Patrice Clos (FO), pressé de reprendre les discussions avant tout. “On espère qu’elles démarreront le plus rapidement possible, parce qu’on ne peut pas rester dans cette situation où on a des gars qui sont en grève”, lance le responsable syndical. La réunion de jeudi constitue le premier contact officiel entre les syndicats et les organisations professionnelles depuis le 20 janvier, date de la dernière séance de négociations annuelles obligatoires (NAO) dans le transport routier de marchandises. Elle s’était conclue sur un “constat d’échec”, selon le mot de la FNTR, principale chambre patronale du secteur. Mercredi, la CFDT Transport, premier syndicat de la profession, a organisé plusieurs opérations de blocages visant des dépôts pétroliers, des sites industriels et certains axes routiers. Avant de “suspendre” ses actions dans l’après-midi, “le temps de la négociation”. “La CFDT prend acte que cette réunion tentera de réengager les fondamentaux du dialogue social qui ont été mis à mal depuis de nombreuses années”, explique-t-elle dans un communiqué. Et de justifier la levée des barrages par “la doléance posée par les organisations professionnelles qui exigent de ne pas subir une négociation sous pression”. L’intersyndicale pourrait également être tentée de mettre son mouvement entre parenthèses, du moins quelques jours. Les négociations achoppent principalement sur la question des minima conventionnels. Les syndicats réclament unanimement une revalorisation de 5 % pour l’ensemble des coefficients. Les fédérations patronales ne veulent pas aller au-delà de 2 %, arguant que ce chiffre est “en cohérence avec ce qui est signé en entreprise”. “Exigences irréalistes” et “déconnectées des réalités économiques” : le patronat n’a pas mâché ses mots à l’encontre des syndicats, qui réclament en outre l’instauration d’un 13e mois et la suppression de la carence maladie. Les entrepreneurs sont prêts à rediscuter des rémunérations, affirment-ils, mais sans se focaliser sur les seules grilles salariales. Ils proposent “d’ouvrir des chantiers” sur la classification des métiers, les évolutions de la protection sociale et l’adaptation de la formation professionnelle dans le secteur, rappellent trois organisations patronales (FNTR, TLF et Unostra) dans un communiqué. Du côté de l’OTRE, qui représente les PME du transport routier, la reprise jeudi du dialogue devra servir à “poser les bases des futures négociations sans exclusive des dossiers à aborder”. Les syndicats joueront-ils le jeu? Pas sûr, si l’on se fie à leurs dernières déclarations. “Nous attendons de négocier sur nos revendications”, tranche Thierry Douine, le président de la CFTC Transport. “Quand on aura fait cette réunion-là, je pourrais vous dire si c’était bien une réunion pour vraiment avancer” les choses, dit-il. “Je ne sais pas ce qu’on attend. On attend, on attend, on attend, on fait durer le plaisir. Mais le plaisir n’est pas tellement bon” dans pareille situation, se lamente-t-il.