Mali, touaregs et la fin

Aucun observateur n’a pu prévoir ce qui s’est produit en Tunisie, en Égypte, en Libye et pratiquement dans le même ordre: la chute subite du régime d’Amadou Toumani Touré, la déliquescence de l’appareil de l’Etat Malien, puis la partition du pays en deux! Les réalités ne sont certes pas le mêmes, mais on constate une similitude quant à la vitesse avec laquelle les pouvoirs centraux de ces pays ont étés totalement défaits, sans finalement recourir à une force majeure, excepté pour l’ancien régime libyen cerné par les bombardements de l’Otan.

Dans le cas du Mali, on serait tenté de dire, que «tout» ce qui arrive dans sa partie sahélo-saharienne serait dû à la chute du régime de Kadhafi et donc le résultat de la guerre engagée par l’OTAN en Libye sur la volonté française. Oui, mais pas seulement. Au Sahel/Sahara, le problème est d’abord géopolitique, d’une grande complexité avec des enjeux aussi multiples que les acteurs. Pour beaucoup d’observateurs, les plus avertis, c’est là que «se décide l’avenir du Monde», en raison des ressources non exploitées et que le Sahara renferme. Ensuite, on est devant des conséquences directes d’une configuration géographique et socio-culturelle, mal pensée par l’ancienne administration coloniale, qui en traçant les frontières, comme elle l’avait fait à la décolonisation, pensait pouvoir rester maitre et garder la main mise sur ce grand espace en tentant de confier la gestion politique et territoriale des peuples très différents culturellement et du point de vue de l’Histoire, aux Etats postcoloniaux, nouvellement créés et dont la politique, pour certains est encore décidée, en grande partie à Paris.

L’espace saharien est celui devant lequel la pénétration coloniale avait eu le plus de mal d’abord à entrer, puis à asseoir son pouvoir après la pacification des tribus touareg, à la fin du 19ème siècle. La différence n’est pas tant le problème dans cette histoire, mais c’est d’arriver à s’accepter, tout en étant différent, tout en reconnaissant l’autre dans sa différence. C’est là le défi que le Mali n’est visiblement pas arrivé à relever, même au bout de cinquante ans d’indépendance. La demande d’un développement juste et durable au Nord-Mali a toujours été centrale dans les revendications des populations de cette région, comme l’affirme Mohamed Ag Malha, haut cadre intellectuel et leader touareg issu de la tribu Kel Ansar. Dans cette actualité, il est clair que l’effondrement du régime du guide de Tripoli a nettement profité à la nouvelle insurrection touareg au Nord-Mali. C’est peut-être ce que l’on peut nommer «le gain de l’Histoire.»

En effet, Mouammar Kadhafi avait lancé un appel dans les années 80, aux jeunes touareg issus du Mali et du Niger, il les a formés militairement et les a intégrés en tant que soldats, ils ont combattu, à son compte au Liban, en Palestine et au Tchad. Ils sont ensuite restés dans l’armée libyenne. Depuis lors Kadhafi ne cessera d’entretenir des relations ambivalentes avec la région sahélo-saharienne, (Nord-Mali et Nord-Niger) et précisément avec ses habitants, pour lesquels il disait vouloir un «Sahara prospère.» Il créa en 2006, à Tombouctou «l’Association des tribus du Sahara», avec certains responsables de ces régions qu’il manœuvre à sa guise et en complicité avec les autorités de Bamako tenues grâce à des investissements juteux, particulièrement dans la capitale malienne et à l’intérieur du pays. A la chute du régime de Kadhafi, en octobre 2011, ils sont environ 400 hommes, originaires, pour la plupart des régions du Nord-Mali, à partir de Libye, encore sous l’assaut de l’Otan. Ils traversent le grand désert et passent les frontières communes au Niger et à l’Algérie. Très lourdement armés, ils aboutirent au Nord-Est malien où ils établissent leur première base, dans des massifs montagneux de la région de Kidal.

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