Transnistrie : voyage dans un pays fantôme 1/2

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    Flash back. La Transnistrie est le seul Etat non reconnu en Europe. J’y suis allé deux fois, notamment à Tiraspol, la capitale de la Transnistrie. A chaque fois, ce fut un voyage pas comme les autres…

    Ces voyages commencent à dater car j’ai effectué le dernier pendant l’été 2006. Je vous laisse lire un reportage que j’avais écrit pour le site Regard sur l’Est en 2005.

    Vous trouverez aussi  mon interview pour une émission sur RFI.

    Tiraspol, Sovietland des années 2000

    « Voyage au cœur de la Transnistrie, seul «pays» non reconnu en Europe, situé sur la frange orientale de la Moldavie. Autoproclamé indépendant en 1991, cet « État » russophone entretient un nationalisme anti-moldave mêlé à un culte surprenant de l’ère soviétique.

    Tighina, premier check-point à l’ouest de la Transnistrie. Des barrières au travers de la route, des soldats pointant leur kalachnikov. Voici donc la « frontière » entre la Moldavie et sa région sécessionniste. En cette fin de journée, notre véhicule est le seul à vouloir franchir le fleuve Dniestr dans ce sens, c’est-à-dire en direction de Tiraspol, la capitale.

    voyage en transnistrie

    Deux soldats, un vétéran russe et un bleu moldave, nous arraisonnent. Visiblement, l’ancien forme le nouveau aux ficelles du métier. Le racket en fait partie. Après quelques questions et une fouille du véhicule, nous nous voyons demandé un « souvenir » de France: une bouteille d’eau minérale et un paquet de gâteaux made in France font l’affaire. Ravi, le vétéran nous salue de son sourire aux trois dents d’or.

    Cinquante mètres plus loin, second check-point. Cette fois, c’est à l’Armée russe que nous avons affaire. Après une fouille de notre Peugeot, c’est d’une bouteille de vin que nous sommes délestés, le ton sur lequel elle nous est demandée ne souffrant aucun compromis.

    Voilà, nous avons notre ticket d’entrée: une mince feuille glissée dans notre passeport, en guise de visa. La Transnistrie ne peut en effet utiliser un tampon diplomatique officiel. Aucune extorsion d’euros sous forme d’une quelconque taxe fantaisiste pour l’instant.

    A l’entrée de la ville, un panneau présente la carte du pays: une mince bande de terre de 4.163 km2 à l’est du Dniestr. La Transnistrie s’est autoproclamée indépendante le 27 août 1991. C’est pendant la guerre qui suivit contre le régime de Chisinau en 1992 que Thigina fut prise sur la rive Ouest du fleuve par les forces armées de Tiraspol.

    carte

    L’ancienne Bender, conquise par Soliman le Magnifique, en 1538 transpire la tristesse. Le temps semble s’être ici arrêté aux années 1970, tant l’atmosphère des anciennes villes soviétiques est palpable. A Tighina, comme partout ailleurs en Transnistrie, le cyrillique remplace l’alphabet latin. Le décor est posé. Vis à vis de Tighina, enjambant le Dniestr, un vieux pont conduit à Tiraspol dont les blocs d’immeubles se dessinent déjà au loin.

    La rivière Dniestr

    le visa pour la transnistrie

    A l’époque, la petite feuille faisait office de visa….

    Sous l’œil de Moscou

    Pas même reconnue par la Russie, la Pridnestrovskaia Moldovskaia Respublica, son nom russe, est dans les faits indépendante. En effet, que dire d’autre d’un pays qui possède sa propre Constitution, son drapeau, sa monnaie (le rouble transnistrien), son hymne, sa poste, ses médias, ou encore sa propre Armée? A la tête de cet Etat fantôme, Igor Smirnov – un ancien général russe placé aux commandes par Vladimir Poutine au lendemain de l’indépendance.

    De facto, la Transnistrie vit à l’heure de Moscou. La Russie a grandement contribué à son indépendance. C’est en effet contre la 14e armée russe de Lebed que les Moldaves ont lancé leur offensive en mars 1992. Une grossière erreur quand on sait la puissance de l’Armée russe. Au centre de Tiraspol, non loin de l’imposant Palais présidentiel, le cimetière des héros est dédié à la gloire des soldats tombés face aux Moldaves. Une flamme éternelle brûle en souvenir de ces morts dont le sang versé a contribué à sceller l’indépendance.

    Douze ans après, l’Armée russe est toujours là, et ce malgré les promesses de départ faites à Chisinau. Dans les rues de la ville, les militaires, nombreux, se mêlent aux civils. Discrètement, le président Poutine souhaiterait faire de cette région une enclave russe, une sorte de second Kaliningrad.

    De cette façon, la Russie entend toujours jouer un rôle stratégique dans cette région-clef, en maintenant une présence militaire dans le dos de l’Ukraine. Certaines têtes pensantes du Kremlin ont peur d’un retrait russe de cette région qui provoquerait un effet « boulle de neige » négatif pour les intérêts russes en Crimée et dans le Caucase. Quant aux russophones de Transnistrie, ils ne veulent à aucun prix d’une intégration dans une grande Roumanie, un risque jugé réel si Tiraspol revenait dans le giron moldave. »

    tiraspol

    transnistrie

    Le cimetière des héros

    Anti-moldave

    « En 1990, sur les 750.000 habitants de la province, les deux tiers étaient russophones, Russes ou Ukrainiens. Le dernier tiers était composé de Moldaves, Roumains d’origine et roumanophones. Depuis, le pays est en voie de russification avancée. Igor Smirnov, investi de tous les pouvoirs, ne rencontre aucune opposition sérieuse ni même structurée.

    Le « duc », comme l’appellent les russophones, a en fait développé un nationalisme anti-moldave. En effet, le régime mène la vie dure aux Moldaves. La discrimination règne dans l’administration, les services, la culture et l’éducation. L’alphabet latin et la langue roumaine sont interdits. Les quelques Moldaves rencontrés dans la rue n’osent même pas nous répondre en roumain.

    cave

    En juillet 2004, huit écoles publiques dont l’enseignement se faisait en langue roumaine et qui utilisaient l’alphabet latin ont été fermées, à l’issue d’un assaut donné par la milice, malgré la présence des enseignants et des parents d’élèves, pourtant bien décidés à les défendre.

    Des opposants ont été jetés en prison pour quelques jours. L’intervention de l’OSCE a permis d’éviter le conflit plus violent qui se profilait. Quant au Conseil de l’Europe, inquiet, il a envoyé par la suite une délégation de diplomates.

    Il convient de se rappeler que c’est bien une question linguistique qui entraîna la rupture avec Chisinau: au lendemain de l’indépendance de la Moldavie en 1991, la langue russe fut interdite et l’alphabet latin rétabli sur tout le territoire de la Moldavie. Les russophones en ont développé la crainte d’une union avec la Roumanie, union qu’ils ne voulaient à aucun prix. La voie de l’indépendance fut alors choisie.

    Depuis, la Transnistrie, zone de non-droit à seulement trois heures de vol de Paris, viole les droits de l’homme et ceux des minorités. « Ici? mais nous sommes en Moldavie!« . Sur ce petit marché, cette énergique commerçante moldave nous assene ce qui est pour elle une évidence.

    Cependant, la minorité moldave se fait discrète, à l’image de cette communauté moldave rencontrée dans une église orthodoxe, non loin de Tiraspol.. Dans ce village moldave, des fidèles se sont rassemblés pour la célébration d’un baptême. A l’abri dans une sorte de cave, le prêtre demande alors à l’assemblée si tout le monde comprend le roumain. En catimini, la célébration continue sur la présentation des saintes icônes.

    Une rue de Tiraspol

    Un musée du soviétisme…

    La première chose qui frappe, dés l’entrée à Tiraspol, est le sentiment anachronique d’être de retour dans une république soviétique. Devant le Palais présidentiel, un Lénine de 25 m. de haut garde l’entrée. Sur une des places de la ville, les portraits des héros soviétiques de la Deuxième Guerre mondiale fixent les passants.

    Le régime utilise savamment cette référence au passé glorieux dont il se réclame. Smirnov lui-même arbore un visage léninien. L’actuelle Transnistrie fut créée en 1924 sous le nom de République Autonome Socialiste Soviétique de Moldavie (RASSM) rattachée à l’Ukraine. Le reste de la Moldavie devint la République Socialiste Soviétique de Moldavie (RSSM).

    En 1944, la RASSM fut rattachée à cette dernière. Devant la néoclassique Maison des Soviets, un des principaux bâtiments officielle, un buste de Lénine cette fois fixe les passants. Faucille, marteau, gerbe de blé et grappes de raisins, les symboles de l’ancienne RSSM sont ici légion. Le lien est clairement affirmé et Lénine n’est pas prêt d’être déboulonné!

    La paranoïa et la méfiance sont aussi bien réelles. Ainsi, dés notre arrivée à Tiraspol, nous cherchons un des trois hôtels de la ville. La nuit tombe et à la réception de l’hôtel Droujba (Amitié), l’employée nous fait comprendre que pour nous enregistrer, un document du commissariat de police est nécessaire. Niet, pas de papier, pas de chambre! Dépités, nous finissons, après moults palabres à travers la fenêtre d’un immeuble sordide, à nous procurer la précieuse déclaration contre quelques roubles.

    La paperasse n’est pas finie puisque, le lendemain, nous devons nous rendre dans un autre bureau de la ville. La bonne vieille bureaucratie soviétique a ici devant elle de beaux jours!

    …et une économie sinistrée et corrompue

    Si la Transnistrie représentait 40% du potentiel industriel de l’ancienne République Socialiste Soviétique de Moldavie, l’économie n’en est pas moins sinistrée. « Beaucoup ici ne rêvent que de partir en Occident, et un grand nombre l’a déjà fait« , nous explique Natacha, une jeune allemande d’origine russe née à Tiraspol. Chaque été, celle-ci revient dans cette ville « agréable » à condition de ne pas y habiter, précise-t-elle.

    Avec ses 200.000 habitants, Tiraspol ressemble à une tranquille ville de province. Cependant, les façades du régime ne sauraient cacher la réalité d’une des économies les plus sinistrées du continent. Le salaire moyen affiché ici n’est  que de 50 euros par mois.

    Toute l’économie de la république autoproclamée est en fait dirigée par une seule firme, Shériff, dont le fils du président Smirnov est l’un des principaux dirigeants. Celui-ci contrôle également les douanes. Stations d’essence, cigarettes, alcools, téléphonie, supermarchés… le nom de Shériff apparaît partout.

    Ainsi, radio Shériff diffuse les matchs de l’équipe de foot de la ville qui bénéficie d’un stade flambant neuf. Corruption et trafics sont monnaie courante. Un fait étonnant: la Transnistrie exporte plus d’armes légères que la Chine!

    Photo-116

    Sergueï, lui, sait les réalités de cette vie. Dans un mélange de roumain et d’anglais, ce père de famille nous conte sa situation:. à 35 ans, vétérinaire le jour, il cumule cette activité avec un emploi de veilleur de nuit dans le parking de notre hôtel. En dépit de cette double vie, c’est tout juste s’il parvient péniblement à réunir 60 euros par mois. Il y ajoute donc un petit trafic de vin et, à l’occasion, peut, nous souffle-t-il discrètement, nous trouver une fille à 15 euros la nuit.

    Depuis l’épisode des écoles moldaves, les relations avec Chisinau sont tendues. Tiraspol a coupé l’alimentation électrique de plusieurs villages moldaves situés sur la rive gauche du Dniestr. Depuis, la Moldavie a mis en place des sanctions économiques à l’encontre de la province rebelle, en attendant la réouverture des écoles moldaves.

    En fait, il s’agit d’un véritable blocus économique qui pousse le commerce transnistrien vers la Russie. Quant à la Roumanie, elle a suspendu ses relations commerciales avec le gouvernement de Transnistrie et augmenté son aide économique à la Moldavie.

    Pour l’heure, les négociations semblent dans l’impasse. A la fin de janvier 2005, les autorités moldaves ont même interdit aux ambassadeurs russe et ukrainien de se rendre à Tiraspol pour la poursuite des négociations de la Commission à cinq (Moldavie, Transnistrie + les trois médiateurs que sont l’OSCE, la Russie et l’Ukraine). Face à cette attitude, Igor Smirnov a brandi la menace d’une rupture définitive.

    Au rez-de-chaussée de l’hôtel, l’unique employée d’un salon de mariage nous présente fièrement ses modèles. Svetlana se moque de ces débats politique. A 28 ans, elle ne rêve que de quitter son travail pour Paris et la France. Si seulement, elle pouvait trouver place dans le cœur d’un Français… »

    tiraspol

    Les héros de la deuxième guerre mondiale

    Je suis curieux de connaitre vos impressions sur ce pays. Peu de monde connait ce « pays ». Qu’en est-t-il pour vous ?

    Est-ce le genre d’endroits hors norme qui vous attirerait ? Pour ma part, je préfère en général les régions comme celle-ci, méconnu et à l’écart des flux touristiques. C’est le cas de le dire pour la Transnistrie et la Moldavie !

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