Usages et pratiques numériques des adolescent-e-s

Les usages numériques des jeunes (messagerie instantanée, jeux vidéo, réseaux sociaux numérique ou RSN, recherche d’information par Internet) auxquels on se réfère communément comme étant des digital natives (natifs de l’ère numérique) (Spangler, 2015) font l’objet d’une attention croissante depuis la fin des années 1990. On estime que leur fréquentation du cyberespace et l’aisance avec laquelle ils et elles semblent s’en approprier les outils vont de pair avec une culture et une expérience de socialisation spécifiques. Les données dont nous disposons confirment une utilisation d’Internet s’intensifiant au fil des années et avec l’âge des individus. En France, selon l’enquête SOFRES de 2011, 86% des lycéen-ne-s, 57% des collégien-ne-s et 11% des élèves du primaire utilisent Internet. La tendance à l’hyper-connexion des jeunes irait en s’intensifiant : l’enquête IPSOS (2014) rapporte que les 13-19 ans se connectent en moyenne 13h30 par semaine (soit 1h10 de plus qu’en 2012), alors que ce chiffre est de 5h30 pour les 7-12 ans. La possession croissante de smartphones, permettant à leurs usagers et usagères d’accéder à Internet à partir de leur téléphone mobile pour peu qu’une connexion soit disponible, irait de pair avec une plus grande in – tensité et une fréquence d’utilisation accrue. Ainsi, tou – jours selon cette dernière étude, 68% des jeunes de 13 à 19 ans sont équipés de smartphones, qu’ils et elles utilisent pour écouter de la musique, jouer à des jeux et fréquenter les réseaux sociaux. Les principaux ré – seaux sociaux utilisés par les adolescent-e-s sont Face – book (78% d’entre eux et elles rapportent y détenir une page), Twitter (25%) et Instagram (14%). Au niveau de la messagerie instantanée, environ le quart des 13 à 19 ans déclare utiliser Skype (26%) et Snapchat (23%). Ce que l’on peut retenir de la description qu’ils et elles font de leurs usages, c’est que les adolescent-e-s développent des activités sur Internet : le sondage révèle que 20% écrivent des commentaires sur des articles, et 25% pu – blient des avis sur des produits ou des marques. Ces mo – des de communication permettent donc le partage et les échanges avec autrui, le maintien (ou la construction) d’un lien social avec des ami-e-s, des connaissances, voire des inconnu-e-s. La fréquentation des réseaux sociaux va également dans le sens d’une expression de soi, de l’occupation de l’espace virtuel pour une mise en scène de soi autonome, indépendante et créative. Cette mise en scène a nécessairement pour corolaire la mobi – lisation des autres, ami-e-s plus ou moins proches des cercles de connaissances, à la recherche d’interactions, d’une forme de publicité, de popularité à l’instar des ve – dettes du showbiz sur le mode « rumeurs et potins » dont la visée est bien la renommée ou la popularité. « Les réseaux sociaux participent du renforcement du capital social, permet – tant de connaître, d’être connu et reconnu » (Lin, 1999). Ils peuvent aussi jouer un rôle de renforcement des liens amicaux ou collaboratifs dans l’espace scolaire. Le cyberespace constitue une ressource infinie d’occa – sions d’interactions à caractère social. Bien entendu, comme toute relation sociale, ces occasions peuvent prendre une tournure positive ou négative. Il n’est cependant pas pensable de ne retenir que ce dernier aspect puisqu’Internet procure, pour nombre d’ado – lescent-e-s, un espace significatif de création, de valo – risation et de développement de soi. L’inquiétude des adultes à l’égard du cyberespace provient sans doute de l’invisibilité des pratiques et de la difficulté à pouvoir y exercer un quelconque contrôle (hormis le temps devant écran). Il était antérieurement plus facile aux adultes de garantir la sécurité des jeunes en leur interdisant la fré – quentation de lieux ou d’individus jugés inadaptés ou risqués que de contrôler aujourd’hui des lieux ou des individus invisibles, dématérialisés, virtuels et pourtant bien réels. Cette nouvelle configuration du contrôle social que les adultes exercent sur les générations plus jeunes implique de repenser cette question du contrôle et de l’autonomie, du risque potentiel et de la sécuri – té, de la responsabilité. La relation jeunes-adultes s’en trouve nécessairement redéfinie, reposant sur une indis – pensable confiance mutuelle et une relation de coopé – ration et d’autonomisation.